Un 100km, 34 h après un marathon, peut-être un peu fou ??????
34h après, je prends le départ des 100km, tellement heureux d’avoir remporté le marathon, que j’en oublie la fatigue. Les concurrents ne sont pas nombreux, 7 au total, dont 3 Français, 1 Américain, 2 Anglais et 1 Irlandais.

Cette fois, ce n’est pas Richard qui donne le départ, car il participe à l’épreuve, mais le directeur de l’organisation.
Le départ est rapide, Richard prend la tête de la course.
Je dis à Hervé, qu’il ne faut pas trop le laisser partir. Ce dernier me répond, de ne pas m’inquiéter, que tout se joue normalement au 75ème km. Mais je suis sceptique, et tant pis je décide de ne pas attendre.
Je sens que je ne dois pas perdre Richard de ma ligne de mire, alors je laisse les jumeaux, et j’attaque.
Au premier tour, Richard et moi, avons fait déjà fait « le trou, ». Je n’aperçois plus les suivants. Mais je reste prudent, les 2 autres Français ont l’expérience des longues distances, et je peux lâcher prise à tout moment.
Je profite du premier passage au camp pour me changer toutes les couches du haut, y compris les deux cagoules. Je perds au moins 5 à 6 minutes, mais tant pis.
Au second tour, c’est la catastrophe. Dans la précipitation, j’ai oublié ma gourde.
Alors pas d’eau pendant 25 km !
Mais au 44ème, je n’arrive plus à avancer, je suis même au bord de l’abandon.
Heureusement qu’en plein découragement, la moto neige de l’assistante n’est pas passée, et que je suis en dépit de mon état, dans l’obligation d’avancer.
J’aperçois enfin la tente au loin. J’appelle, tout en m’approchant, mais personne ne sort.
En fait la tente est vide, mais le plus important je peux me réchauffer, et surtout je peux boire chaud, et me restaurer.
Je bois vite 4 ou 5 tasses d’eau chaude presque bouillante. OUF, je vais mieux, je repars en marchant au début, puis très vite le rythme revient. J’ai perdu du temps, alors je me retourne et regarde au loin, personne. Je retrouve la pêche, et fini mon second tour avec l’envie chevillée de finir l’épreuve.
Au 3ème Tour, je me change une nouvelle fois, et récupère ma gourde. Ce tour se passe normalement, sans problème. Et ainsi de suite, jusqu’au dernier ravitaillement.
Je préfère manger salé, 2 ou 3 baby bel, 2 verres de Coca. Je rempli ma gourde de thé bien chaud, je change seulement la cagoule, et le plus vite possible, je repars.
Je repars pour le dernier tour, il reste 25km !
Mais au 78ème plus rien, plus de son, plus d’image, je n’avance plus.
Mes jambes ne me portent plus, je n’ai plus de force.
Je suis là planté, je repense à tout, à mes entraînements, seul le soir, très tard, à tous mes sacrifices, à ma famille, à ma femme.
A mes copains, qu’allais-je leurs dire à tous, à mon bureau, aux sponsors, aux journalistes, à tous ces gens qui me suivent, qui me supportent ?
Non, je n’ai pas le droit d’abandonner, même si j’ai gagné le marathon, je dois continuer.
Je pense à mes parents, et je crie, je hurle même, pour me donner du courage.
Je suis seul dans ce désert de glace, j’ai l’impression de courir vers nulle part, mais je ne peux rien faire d’autre que courir. Alors, je me remets péniblement en route, et là je me retourne.
Soudain au loin, j’aperçois deux petits points noirs. Je comprends toute de suite, que ce sont les jumeaux. Je ne veux pas être rattrapé, je décampe comme un lapin, sans savoir où je prends cette force. J’ai l’impression de reparti comme au premier tour avec la même fougue.
je profite d’une zone plane, pour avaler rapidement un gel, mais sans vraiment ralentir.
Quelques kilomètres plus loin, je me retourne une nouvelle fois, et aperçois Damien, le caméraman, en moto neige qui arrive à ma hauteur. Il me filme et je lui dis : « je ne peux plus, je suis au bout du rouleau »
Mais il m’encourage, me répond que je suis presque arrivé, que je vais accomplir quelque chose de grand, que je suis second.
Encore une fois, je trouve la ressource je ne sais où, et je cours.
Je termine cette incroyable aventure en passant la ligne d’arrivé en 2ème position du 100km.
Hé oui, je suis SECOND du 100 km, Richard est 1er.
Quelle joie, je tombe à genoux, le nez dans la neige.
Durant quelques seconde, je repense à tout, la souffrance, le froid, les douleurs dans les jambes, les muscles tétanisés, le froid, mais tout s’envole aussitôt.
Quelle belle aventure, QUE DU BONHEUR, plus de douleur, plus de souffrance, plus de froid, j’ai tout oublié, je ne garde que le bon.
Des souvenirs et des images incroyables.

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