Après 4 mois de préparation, d’entraînements pour la plupart en solo, je touche enfin au but.
4 mois à me poser sans cesse les mêmes questions « vais-je pouvoir les terminer « ces fameux 100km ». En fait, n’ayant jamais couru sur cette distance, je n’ai aucun repère, d’autant plus, que 48 heures après le marathon, vais-je pouvoir tenir physiquement ?
Le mental sera capital sur cette distance.
Et puis, tout dépendra aussi de mon résultat sur le marathon. Et cette fois, je dois absolument le faire « un marathon canon », pour balayer mes regrets.
Car lorsque je repense à ma course au pôle nord, j’en ai quelques uns. J’ai été trop gourmand et impatient, pensant pouvoir améliorer mon avance, j’ai ôté mes raquettes. Et là ; j’ai payé le prix fort, que de temps perdu….
Alors fort de cette expérience, j’ai vraiment pensé et repensé cette course. Je suis prêt.
Et sans me l’avouer réellement, je pars avec la volonté de tout tenter pour me placer en tête.

Après les quelques problèmes de transport pour arriver jusqu’à Punta Arenas, et les 4 jours d’attente en raison de mauvaises conditions climatiques, nous foulons enfin le sol de l’ANTARTIQUE.
C’est magnifique, il est 5 h du matin, le soleil brille.
Je découvre un décor incroyable, un désert de glace qui brille comme un miroir.
Sous un bleu éclatant, tout est blanc. Au fond, les fameuses collines « Patriot Hills », magiques, un paysage de rêve.
Après avoir reçu, les consignes du responsable du camp, nous avons pus dormir 2,3 heures dans des tentes deux places. Je partage la mienne avec Damien, le caméraman des jumeaux. (les 2 autres français, Philippe et Hervé)

Trois heures plus tard, je décide d’aller essayer mes chaussures sur la glace, car pour moi, c’est une première. Elles sont toutes neuves, je n’ai jamais couru sur la glace. Je sais que les jumeaux ont déjà fait quelques essais sur une patinoire, et que ce n’est pas évident.
Très vite, je comprends qu’il ne faut surtout pas courir sur les talons, mais sur l’avant de la chaussure, pour bien ancrer les pointes. Je suis rassuré, je prends confiance. Mes craintes diminuent.
Nous apprenons enfin que le départ du marathon aura lieu le lendemain, à 18h.
14 décembre 18h sur la ligne de départ :
les visages se crispent, quelques tapes dans les mains avec certains concurrents. On s’observe discrètement, qui va partir le plus vite, qui va prendre la tête de la course, qui va l’emporter. Toutes ces questions me traversent l’esprit en quelques secondes. Puis le coup de corne de brune donné par Richard DONOVAN, retentit.

Les russes partent comme des dératés, et prennent la tête, mais pas question pour moi de me laisser larguer. Je regarde Hervé et décide d’attaquer sans attendre.
2 km plus tard, je suis devant, je ne dois pas ralentir jusqu’au sommet, c’est le seul moyen pour moi de creuser l’écart. Je pourrai ralentir et récupérer qu’une fois au sommet, pour ensuite repartir encore plus vite.
Et puis……si je dois craquer, ce n’est pas grave, au moins j’aurais tenté.
Une fois au sommet, je souffle, et déroule sur une zone beaucoup plus plate.
Je regarde derrière et me dit « bien joué ça a payé, tu as creusé l’écart, maintenant gère »
Les petits saluts de Damien qui filme, m’encouragent à aller encore plus vite, et je sais que je file vite. L’écart est de plus en plus important avec le second, un américain de 24 ans, et encore plus sur les 3èmes, Philipe et Hervé.
Au 25ème km, je repasse devant la ligne de départ, encouragé par tous les gens du camp. Au passage, un verre d’eau chaude remis par Richard, me donne l’impression que tout dégèle à l’intérieur.
Jusqu’au 36ème, tout ce passe bien, mais au retour le froid commence à m’envahir, la fatigue est là. Je suis entrain de payer « mon départ canon ».Tant pis, je pousse encore.
Plus que 6 km, c’est dur, très dur, je souffre du froid, je manque de repaire, car je ne vois rien au loin, ni le camp, ni même la ligne d’arrivée. Et pourtant, je regarde ma montre, 5h 02, je sais que j’y suis presque.
Puis tout à coup, j’aperçois enfin le camp, alors j’accélère, je veux tenter de battre le record de 5h09.
Et la ligne d’arrivée est là, je n’en crois pas mes yeux, je vais gagner le gagner « mon marathon », et quel marathon, marathon de l’extrême comme ils disent.
Ils sont tous là pour m’accueillir, ça fait chaud au cœur, au moment où je passe la fameuse ligne.
Je m’écroule de fatigue, de joie je ne sais plus. J’ai froid, je n’arrive pas trop à parler, j’ai du mal à répondre aux questions de Damien, qui me filme.
Mais j’ai gagné, c’est le plus important, j’ai gagné !!!!!!!! En battant le record 5h08.


|