World Challenge 2018 – L’équipe

Alain, racontez-nous cette expérience du World Marathon Challenge.
C’est une belle aventure, c’est difficile d’y croire. Le 10 juillet, jour de mon anniversaire, j’ai été opéré après un problème cardiaque, mais j’ai aussi envoyé mon inscription à cette course. Je voulais y participer, et je pensais finir dans les derniers, au final, je termine 15e. Avec mes 67 ans, je suis le plus vieux à terminer cette épreuve.
C’est une aventure vraiment merveilleuse, il n’y a pas la quête d’une performance, juste la volonté de finir. C’est beaucoup de mental et de courage. On était limité à 8h par course, certains finissaient quand d’autres dormaient un peu. Entre les courses, le plus de repos que l’on a eu, c’était entre Le Cap et Perth puis Perth et Dubaï avec 13 heures et 10 heures d’avion. A Miami, on a dû se changer dans l’aéroport car on n’avait pas le temps de passer à l’hôtel avant le début de la course.
On a été bien accueilli partout, c’était vraiment incroyable. C’est un challenge encore plus grandiose que le pôle Nord ou le Lac Baïkal.

Quel sentiment avez-vous lorsque vous passez la dernière ligne d’arrivée ?
J’ai eu les larmes aux yeux. J’avais demandé à ma femme de m’apporter un drapeau sur les 500 derniers mètres. C’est énormément de fierté de brandir ce drapeau. Il y avait des supporters américains qui nous encourageaient, qui nous applaudissaient.
Je pleurais comme un gamin. J’avais l’impression d’avoir accompli quelque chose de vraiment grand. Je ne voulais pas décevoir mon entourage, je suis allé chercher cette performance. J’étais le plus vieux, et j’étais fier de ça. Papy a fait le job.

Quel a été le moment le plus dur de cette course ?
En Antarctique, avec le froid. J’ai trouvé ça très dur personnellement. A sept ou huit kilomètres de l’arrivée, j’ai été paralysé par le froid. Il ne faisait pas si froid que ça au départ, mais par la suite, le vent s’est levé alors que l’on était mouillé par la transpiration. Je n’arrivais plus à avancer, je n’étais pas loin de l’abandon.
Au Cap, j’ai aussi eu des problèmes gastriques à 800m de l’arrivée, je n’arrivais plus à m’alimenter. J’ai fini avec une perfusion après la course. La différence de température entre ces deux villes a vraiment posé problème. On subit ça sans pouvoir y faire quelque chose. L’autre difficulté concerne l’alimentation. Avec le décalage horaire, on ne sait plus quand manger. Le reste, c’est de la souffrance que l’on connaît quand on fait des courses de ce type-là.

Comment avez-vous eu l’idée de participer à cette course ?
J’ai rencontré un Néerlandais qui organise des courses lors du premier marathon du pôle Nord. Je l’ai revu ensuite, et j’avais la volonté de faire partie du cercle fermé des coureurs qui ont couru sur tous les continents. Lui, l’a fait. L’an passé, je voulais participer à ce World Marathon Challenge, mais ma santé ne me l’a pas permis. Cette année, je n’ai pas voulu manquer l’occasion.

Comment avez-vous préparé cette épreuve ?
J’ai travaillé l’endurance car je ne visais pas de performance. Je ne voulais pas m’épuiser à faire du fractionné. J’ai dû commencer doucement à cause de mon opération. Six mois avant l’épreuve je courrais quatre ou cinq fois par semaine pendant 1h30, puis six fois par semaine, puis cinq fois par semaine pendant deux heures avant de terminer par cinq séances de 2 heures et demi ou 3 heures pendant le dernier mois.
J’ai aussi fait du rameur et du vélo tout en suivant un régime. Il faut avoir faire une préparation sérieuse et ne pas manquer de séance pour y arriver. Le plus dur, c’est de commencer sa séance. Par chance, mon entourage m’a aussi beaucoup boosté et un de mes sponsors me fournissait en compléments alimentaires naturels qui m’ont empêché de me sentir fatigué.

Quels sont vos prochains projets ?
Une course dans le désert en Mongolie ou la 3366, la route des glaces en Alaska m’attirent. J’aimerais aussi retrouver la banquise au Groenland ou au Pôle Nord, mais il faut voir. Avec l’âge, il faut y aller un peu plus doucement, mais j’ai encore le temps d’en faire quelques-unes.

Qu’est-ce que la course à pied vous apporte ?
La course à pied m’a tout apporté. Je viens de Marseille, je n’étais pas allé plus loin que l’Italie ou les Pays-Bas et grâce au running, j’ai traversé le monde. En 1995, j’ai participé à ma première course. C’était une belle découverte. J’ai rencontré beaucoup de gens et je me suis retrouvé moi-même. Courir au pôle Nord a changé ma vie. A mon retour en France, j’étais déprimé.
Grâce à la course, j’ai vu la vie autrement, ça a changé ma vie, m’a apporté quelque chose que je n’avais pas. J’étais plus serein, plus heureux. En course à pied, on rencontre des personnes de tout bord, mais on s’en fout d’où l’on vient, de ce que l’on fait, on est réuni par la même chose. On ne le fait pas pour l’argent et cela permet de retrouver de vraies et belles valeurs humaines.»

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